Tisserande et couturière : une veste est née de 2 bobines de fil

Tisserande et couturière : une veste est née de 2 bobines de fil

J’ai toujours été fascinée par le tissage : ces fils qui s’entrecroisent et qui, par la magie d’une structure, créent un motif, un relief.

Longtemps ce rêve m’a paru inaccessible, réservé aux grands noms de la couture comme Lesage ou Malhia Kent, dont j’avais lu avec avidité l’autobiographie « La Pharaonne ».

Mais, vous le savez, les rêves ça me connait et la maxime de Saint-Exupéry « Fais de ta vie un rêve et de ton rêve une réalité » guide mes pas depuis presque 10 ans.

Tout a commencé par une belle rencontre

Nous sommes en 2021, au salon du DYI « Créations et Savoir-faire ». Je suis très présente sur le site de mon éditeur Eyrolles suite à la sortie de mon deuxième livre « Mes techniques de couture – pour que plus rien ne vous arrête »

Lors d’une séance de dédicace, le directeur éditorial du secteur loisirs créatifs de l’époque, Eric Sulpice, me présente à Betty Briand, professeure de tissage dans son école ARTissage et auteure de l’excellent livre « L’art du tissage » qui venait juste de sortir.

Betty est une personne solaire, profondément humaine, ouverte d’esprit comme vous en croiserez rarement. J’ai tout de suite su que nos chemins se croiseraient un jour plus assidûment que sur ce salon. Elle était venue avec un tout petit métier à tisser Louët de 40 cm. J’ai donc pu m’essayer au tissage d’un simple sergé et j’avais juste A…DO… RE… !!!

Besoin de retrouver une activité manuelle et d’apprendre

L’année 2024 fut assez rude personnellement avec beaucoup de soucis qui s’étaient empilés durant le premier semestre. Alors j’ai ressorti du carton l’idée d’aller en stage chez Betty.

Installée dans un très bel atelier à Chinon, c’était l’occasion de faire un break et d’apprendre une nouvelle activité manuelle qui m’attirait depuis longtemps.

Mais ne croyez pas apprendre le tissage en 2 jours. Rien que pour tisser un mètre de quelque chose, il vous faudra envisager d’y passer 5 jours pour débuter.

Car il y a tout à apprendre à la fois en théorie et en pratique : tout est nouveau. Du vocabulaire à la logique de tissage, de la foultitude de structures possibles aux différentes étapes de mise en oeuvre sur un métier. Vertigineux mais tellement énergisant !

Un premier stage « découverte » en juillet 2024

J’étais arrivée à Chinon chez Artissage, l’atelier de Betty, avec comme unique objectif de m’amuser et de tisser un truc que je pourrai utiliser dans un vêtement.

J’ai vécu ce stage comme un rêve éveillé, émerveillée à chaque instant par ce que je découvrais et j’apprenais, mais aussi par l’ambiance de l’atelier de Betty. À l’époque j’avais littéralement inondé le compte Instagram @reveasoie de stories à n’en plus finir pour raconter mes aventures. J’en avais aussi fait un des plus longs articles jamais écrit sur ce blog !

J’en suis repartie avec le virus du tissage, un truc où vous vous dites qu’il faut forcément approfondir, creuser, continuer, investiguer, progresser. Il était tout simplement impossible de s’arrêter là.

De retour à l’atelier en octobre 2024

Avant l’été 2024, Chinon me paraissait vraiment loin. Après l’été, je me suis dit que je pouvais vraiment y aller 3 fois dans l’année sans souci.

C’est à cette période que j’ai compris ce qui animait certaines de mes élèves venant parfois du sud de la France ou de Belgique, voire de Martinique, rien que pour prendre des cours avec moi !

En octobre, me voilà de retour chez Betty découvrant deux nouvelles structures de tissage : le sergé tressé et le sergé ondulé. Et Betty qui, toujours attentive, « pousse » ses élèves à dépasser leurs limites (j’adore !)

Je repars avec un petit métier loué pour l’année scolaire et un petit échantillon de rien du tout tissé avec du fil Holst Garn (danois) en laine et coton dans un coloris absolument pas dans mes couleurs usuelles : corail et blanc !

Le grand saut

Quel stress ! Me retrouver seule chez moi avec un métier à tisser… Et plus personne pour m’aider à mettre en œuvre mes « devoirs ».

Ah j’en ai fait des erreurs ! J’ai croisé des lisses, cassé des fils, empeigné pas comme il faut et même attaché en oubliant de passer par dessus la poitrinière (les personnes averties comprendront !!)

Mais jamais je ne me suis sentie seule car je savais que Betty, en dernier recours, assurerait « le SAV » comme elle dit.

Heureusement,  j’avais deux alliés de taille :

♥ Le cours video Artesane de Bettty, notamment la partie sur toutes les galères et comment les corriger (je crois l’avoir visionnée au moins 4 fois).

♥ Mes toutes nouvelles amies tisserandes Balbina (@ametisse_atelier) et Cécile (@aucouvreamour) qui étaient à l’affut pour m’aider si besoin et me soutenir.

Un « sweat » échantillon !

Cette couleur corail m’était destinée. J’avais acheté à Galina (www.coupdecoudre.com) un tissu pour me coudre un sweat bien chaud à capuche pour l’hiver.

Un tissu couleur… corail ! Un truc incroyable, le même coloris choisi à des centaines de kilomètres de distance. Le même exactement pile poil.

Alors l’échantillon que je rechignais à garder sous cette forme est devenu des bandes que j’ai cousues sur les épaules et au bord des poches.

Résultat : un sweat hyper original, voire totalement personnalisé. La customisation via le tissage était née !

 

Premier tissage sur mon métier à tisser à moi

Ensuite vient le moment où je me dis : « tu es atteinte du virus, le meilleur remède c’est de t’équiper avec ton propre métier ». Alors, rapidement, j’ai opté pour un métier à manette de 70cm de large de chez Louët (modèle Jane) qui me permettait de l’apporter en cours et en parallèle de tisser des largeurs suffisantes pour y couper le dos complet d’une veste (donc 60 cm environ après retrait).

Vient alors l’ourdissage : préparer les 420 fils (soit 1600 mètres !!) en les croisant pour préparer ce qu’on appelle l’encroix, c’est-à-dire ce qui garantit l’ordre des fils entre eux. Pour cela j’ai acheté des grosses bobines de 500g de fil. C’est très différent des cônes de couture ! Pour que le fil se déroule souplement, on met la bobine dans un seau à champagne !!

Enfin je monte ma chaine, ma première sur ce métier, ma première de cette longueur et avec autant de fils.

Et je commence à tisser en voyant apparaître le sergé ondulé (pour les manches et les parementures) et le sergé chevron (pour le corps).

Et la veste prend forme

3,2 mètres de tissage plus loin (et « quelques » heures de travail après où j’ai regretté de travailler encore avec des navettes plates, vive les navettes bateau pour les tissages suivants), il est temps de couper.

Instant fatidique du tomber du métier où on se dirige vers la buanderie pour laver le tissu à la main, le voir bien dégorger et se dire que le « décolor’stop » est mon ami.

Puis il faut entoiler en totalité le coupon pour lui donner de la stabilité pour la veste, avec l’entoilage extra DS1 de chez Stragier.

Ensuite on joue à Tétris pour couper toutes les pièces dans une logique « zéro-déchet » mais avec des raccords côté et milieu devant. La coupe de ce tissu est super facile, il tient très bien et ne s’effiloche quasiment pas contrairement à ce qu’on pourrait penser. On a largement le temps d’aller le surfiler même si c’est surtout pour se rassurer en fait.

Le montage en lui-même ne présente aucune difficulté, un bon pressage au clapper pour les coutures fermées.

Ajoutez-y une doublure en satin de soie que je suis pas peu fière d’avoir déniché au magasin Tissus des Ursules avec une couleur qui colle exactement et rehausse celles de la veste.

Et voilà ! Une veste créée vraiment de A à Z (et pour celles qui me poseraient la question : je vais m’arrêter là dans le processus et non je ne vais pas me mettre à filer ma laine et encore moins à élever les moutons !!)

 

 

 

 

       

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